SAT - Marie Stuart | presse

Création pluridisciplinaire du Studio d’Action Théâtrale

Au Théâtre du Galpon du 8 au 27 novembre 2011 Du mardi au samedi à 20h, Dimanche à 18h

Théâtre du Galpon
« Marie Stuart ou le combat des reines »
Histoires de femmes

Si on pouvait, on prendrait immédiatement en marche la machine à remonter le temps. Pour plonger dans les années 70. Quand la rébellion, la liberté d’expression ainsi que la remise en question du monde et de la société étaient plus qu’un postulat : un art de vivre. Dacia Maraini était une artiste, une intellectuelle et une femme libre. Contestataire, engagée et féministe, l’épouse d’Alberto Moravia et collaboratrice de Pasolini a trouvé dans le destin tragique de Marie Stuart un terrain propice à ses réflexions politiques, sociales et humaines. Le Galpon reprend la balle au bond, à travers la thématique « Les femmes, la scène et la pouvoir », en programmant Marie Stuart ou le combat des reines, d’après le formidable auteur italien traduit par Marie-José Thiérault.

Combat de reines, certes, mais histoires de femmes surtout. Ainsi l’a voulu et senti Gabriel Alvarez, qui plonge ce texte virulent dans un univers noir et sans concession. Immense table de (s)cène métallique aux bouts de laquelle Marie et Elisabeth se jaugent et se livrent une guerre intime aussi cruelle qu’amoureuse dans ses rivalités profondes. L’ambiance n’est pas sans rappeler la Classe morte de Tadeusz Kantor venue à Genève il y a quelques décennies, le public prenant en étau une action réduite à sa plus simple expression. Prisonnière d’elle-même.

Dans une montée progressive des charges, le couple, le mariage, les relations familiales, le machisme, les dérives du pouvoir, la sexualité, la pression sociale, l’amour et la haine sont passés au laminoir. La tension, qui frise parfois l’insoutenable, est magnifiquement menée par Clara Brancorsini (Elisabeth, Kennedy), alors que tout est mis en œuvre pour faire se rejoindre l’Histoire et celle d’êtres victimes de leurs propres constructions. Un puzzle étonnant, où musique (Bruno de Fanceschi), danse (formidable Amina Amici, aussi Marie Stuart et Anina), chant (sur des sonnets de Shakespeare), cabaret, monodrame, théâtre musical ou opéra de chambre composent un tableau parfaitement unifié. Baroque et épuré. C’est simple, fort et surprenant comme une gifle salvatrice.

Théâtre du Galpon, jusqu’au 27 novembre. Réservation : 022 321 21 76.

De fiel et de miel

JEUDI 17 NOVEMBRE 2011
Cécile Dalla Torre GENEVE • La première création du nouveau Théâtre du Galpon, signée Gabriel Alvarez, livre une « Marie Stuart » anti-phallocrate. A découvrir.

Et si Antigone avait été écrite par une femme ? Peut-être pour trouver réponse à sa question Gabriel Alvarez a-t-il choisi de mettre en scène Marie Stuart ou le combat des reines, pièce initialement publiée par Schiller en 1800 puis revisitée dans les années 1970 par la féministe Dacia Maraini, collaboratrice de Pasolini et épouse d’Alberto Moravia. Jamais encore montée en Suisse, l’Italienne fronde sans vergogne dans une langue aussi poétique qu’obscène. Face à la mielleuse Marie Stuart, la fielleuse Elisabeth 1ère détonne par sa verve anti-phallocrate.
Dans une scénographie sobre au cœur du chaleureux antre théâtral du Galpon, niché au bord de l’Arve, à Genève. Sur une scène modulée en bi-frontal pour l’occasion, une interminable table métallique habite l’espace longitudinal. Tel un podium où les deux héroïnes font défiler l’Histoire. La froideur du matériau instille un climat rude et austère. Celui d’une geôle dans laquelle la toute puissante Reine d’Angleterre fit croupir sa cousine catholique pendant dix-neuf ans. Celui aussi miroitant la lame meurtrière qui viendra trancher le cou de sa victime Marie Stuart le 8 février 1587.

« Esclavage merdique »
A chaque extrémité sans jamais s’effleurer, l’une et l’autre semblent ne vouloir outrepasser cette frontière que l’on imagine infranchissable. Comme deux univers qui ne peuvent s’interpénétrer, à l’aune de ces maîtresses du pouvoir que le XVIe siècle n’a jamais fait se rencontrer. Monde bipolaire évoquant les enjeux de l’époque : la conquête des territoires sur lesquels règne chacune, l’Angleterre, l’Ecosse. Dans un contexte belliqueux sur le front des Eglises, réformée et catholique, en plein massacre de la Saint-Barthélemy.
Questionnement sur la ­servitude du pouvoir, Marie Stuart sonde les affres du trône, détenu par une femme qui bâtit l’Angleterre moderne. « Gouverner est un esclavage merdique » s’insurge-t-elle, lasse de s’en référer au peuple. La pièce dévoile aussi, au féminin, toute l’intimité des deux figures historiques.
Mises à nu, les reines se livrent, s’invectivent par un ingénieux procédé dramaturgique. Larges sont les problématiques évoquées, intrinsèquement liées au sexe dit « faible », auquel toute sa force est par là conférée. Mariage, grossesse, enfantement, avortement, viol, filiation, les deux femmes les abordent aux antipodes l’une de l’autre. Car les expériences de la chair, Elisabeth 1ère, la « reine vierge », les jalouse à sa rivale, mère et épouse. « Mieux vaut mourir mille morts que de se marier », scandera-t-elle. Dans le jeu, tout les oppose. L’une ­féline, masculine et presque ­démoniaque (formidable Clara Brancorsini), l’autre féminine, veloutée et sensuelle dans sa gestuelle chorégraphiée (la danseuse et comédienne ­Amina Amici). Dans le rouge et le noir – gris aussi – de leurs ­costumes, elles naviguent entre haine et amour. Si ces personnages avaient été de sexe ­opposé, ils auraient fini par ­s’épouser, dit le texte.

Théâtre « total »
Le metteur en scène signe ici un subtil jeu polyphonique de pouvoir, de séduction et de cruauté, en hommage aux femmes. C’est un théâtre « total » qu’a voulu Gabriel Alvarez, mêlant dramaturgie, musique et chorégraphie. Si Shakespeare en son temps, en dépit du soutien qu’il lui apporta, n’a étonnement accordé de place à Elisabeth 1ère dans son théâtre élisabéthain – si ce n’est par le prisme de Lady Macbeth, dixit Gabriel Alvarez – , cette mise en scène renvoie au poète à travers ses Sonnets chantés sur une musique de Bruno De Franceschi. Dernière création du Studio d’action théâtrale, s’inscrivant dans le cycle automnal « Les femmes, la scène et le pouvoir », cette vision radicale de la féminité souveraine est à découvrir jusqu’au 27