Au Vélodrome

LE REPAS

Le Repas c’est un work in progress, la maquette d’un futur spectacle du SAT sur le texte de Novarina « Le Repas » qui est une adaptation pour la scène de « La chair de l’homme ». Ce travail est présenté et confronté avec un public réduit (18 personnes) qui est invité dans notre salle de répétition. Une comédienne et un artiste plasticien de la gourmandise participent à cette étape de travail. Dans la pièce originale de Novarina, il y a neuf comédiens pour bien plus de rôles, ou plutôt bien plus de voix. Nous avons réduit les neufs personnages à une seule comédienne, Clara Brancorsini et à l’intervention plastique d’un artiste « gourmand » Cyril Vandenbeusch.

Le Repas nous parle de notre voracité consommatrice, de l’homme comme principal déprédateur de son propre univers. C’est donc un repas cosmogonique de grande ampleur dans lequel il s’agit de manger le monde : "Lorsque nous mangeons, où vont et où iront la somme des choses que nous engloutissons ?" "Moitié va par terre rejoindre les cadavres par les bases ; moitié va en l’air chez Jean Dieu !"

Nous savons que chez Novarina la parole revêt un caractère presque divin, dans la mesure où il suffit de nommer pour faire exister. Mais elle prend aussi une forme comique, bouffonne. Nous explorons toutes les variations possibles. Parfois dans les prises de parole de l’actrice, le sens échappe, car comme le dit la Mangeuse Ouranique : "Le monde est un immense tube dont nous ne savons aucune des conclusions mais dont nous entendons la logique".

La conception théâtrale de Novarina, poussée jusqu’à ses dernières conséquences, est une « mise à mort » des coordonnées réalistes du théâtre - scènes d’exposition, actions vraisemblables, psychologie des personnages etc. C’est ainsi que les textes de Novarina ouvrent notre champ d’exploration sur la voix, la musique et ici en concret sur le rapport entre la chair qui se mange et la chair qu’on fait résonner.

Dans la poétique théâtrale de Novarina, philosophie et burlesque se mélangent. Ce type de mélange stimule ma recherche théâtrale. Elle me donne aussi la possibilité d’explorer la relation scénique entre acteur et spectateur. Le théâtre de Novarina est pour nous un antidote à « l’esprit du temps » théâtral, cette course effrénée cherchant à provoquer des sensations et de « l’expressivité pour chacun ».